Arue – Tahiti

La tombe du pasteur Henry Nott

 

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Elle est située entre l’école élémentaire Ahutoru et l’école maternelle en bord de mer. Missionnaire protestant de la London Missionary Society, Henry Nott (1774-1844) a été le confident et conseiller principal du roi Pomare II qu’il amena à se convertir.
Il traduisit la Bible en tahitien et rédigea le premier code de lois locales, le code Pomare. Selon son vœu, il fut inhumé près de la sépulture de Pomare II.
Chaque année, au 5 mars, à l’occasion de la commémoration de l’arrivée de l’Evangile en Polynésie, le maire de Arue, son conseil municipal et des représentants de la famille Pomare, viennent se recueillir sur la tombe d’Henry Nott et sur celle de Pomare II.

L’hommage du 5 mars 2012 a revêtu une couleur particulière puisque la tombe du pasteur venait de faire l’objet d’une restauration et d’un aménagement par l’Eglise de Jésus Christ des Saints des derniers jours.
Les présidents du pieu de Arue, Emile Tama et Iona Manarani ont présenté deux jours avant l’hommage les travaux qu’ils ont effectué aux élus de la ville de Arue, en présence des conseillers mormons de la région Pacifique, messieurs Elder et Watson.

Lors de cette cérémonie Robert Koenig a fait un rappel historique qu’on retrouve ici en intégralité : « Derrière ces pierres qui nous entourent et semblent inertes, il y a une histoire toujours vivante : cet endroit est important pour tous les Tahitiens. Quel lien entre un maçon anglais, poseur de briques européen et un chef tahitien, héritier et fondateur d’une dynastie polynésienne ?

henry-nott-protraitHenry Nott fait partie des tout premiers missionnaires envoyés par la Société des Missions de Londres. En arrivant dans la baie de Matavai, il y a exactement 215 ans, Nott a 23 ans ; simple maçon sachant à peine lire et écrire, il a une foi à déplacer les montagnes et à parcourir les océans, et un solide bon sens. Il dispose d’une école merveilleuse et flottante : le Duff transformé en école pendant les 7 mois nécessaires pour aller d’Angleterre à Tahiti. Pendant cette très longue traversée Nott apprend, avec ses 30 autres collègues de classe, le tahitien avec les manuels de tahitien de cette époque-là, ceux des vocabulaires des mutins du Bounty. Nott apprend la langue tahitienne plus vite que les autres ; il est choisi pour faire le premier sermon en tahitien, le dimanche 16 août 1801.

En 1802 Nott participe au premier tour de l’île missionnaire, du 26 février au 5 avril. Une génération après la prophétie de Vaita et l’apparition des pirogues sans balancier, trente ans après Wallis, Bougainville et Cook qui jettent les îles du Pacifique dans une autre histoire. Nott est le témoin d’une société déstabilisée qui cherche un nouvel équilibre.
Nott est le témoin direct des guerres civiles qui déchirent Tahiti et Moorea, témoin du désir de puissance des uns et de la révolte des autres, témoin de la vie politique locale et de ses déchirements et retournements. Dès le début Nott s’est choisi un leader politique, Pomare II, et lui reste fidèle, partageant ses victoires et ses défaites. Nott dira : « malgré toutes ses fautes, toute sa tyrannie, c’est une bénédiction pour l’île ».

Pomare est l’élève de Nott, Pomare apprend à lire et à écrire avec Nott. Mais Nott est aussi l’élève de Pomare, Nott apprend le tahitien avec Pomare et Nott veut traduire la Bible avec Pomare. Très vite surgissent de grandes questions : comment dire en tahitien les idées théologiques élaborées sur le mont Sinaï ou au bord de la mer de Galilée ? Et que faire des concepts conçus au pied du mont Tabor lorsqu’on se trouve au pied de Orofena ? Faut-il tahitianiser ? ou hébraïser ? ou néologiser ? Comment faire passer les danses de David et de quelques dames de l’Ancien ou du Nouveau Testament sans qu’elles rappellent les danses traditionnelles devenues païennes ?

Nott est là lorsque Pomare est exilé à Moorea, que Pomare II demande à être baptisé le 21 octobre 1812, quand il est baptisé, le 16 mai 1819 à Arue et, bien sûr, au bord de sa fosse, le 21 décembre 1821. Témoin de Pomare qui transforme la tradition, celle qui a fondé la culture polynésienne, quand, agent de la modernité, il mange de la tortue et invite des femmes à sa table, quand il brise les tapu qui codifiaient la société traditionnelle. Témoin de Patii aussi, ce 18 février 1815, lorsque ce prêtre de Oro à Moorea décide de jeter les dieux au feu, au grand désespoir de tous, de tous les ethnologues et de tous les collectionneurs passés, présents et à venir.

 

Nott est le témoin de la naissance d’une nouvelle tradition

Au lendemain de la bataille de Fei-pi qui fonde le Tahiti des temps nouveaux, Nott définit le nouveau pouvoir de Pomare II. Il écrit en anglais le premier statut du Pays, le traduit en tahitien ; Pomare II en fait son code à lui, et lui donne son nom, Code Pomare de 1819. 5 ans plus tard Nott rédige un nouveau Code, à la base du premier Parlement de Tahiti, lointain ancêtre de l’Assemblée de la Polynésie française. La même année, il couronne Pomare III âgé de 4 ans, ici même à Papaoa, le 21 avril 1824.
Mais la plus grande gloire de Nott, ce n’est pas la politique, mais la traduction de la Bible en tahitien. Travail d’équipe, chacun des missionnaires dans sa station missionnaire, avec ses diacres, bien souvent les prêtres des temps anciens, chacun prenant la Bible par un bout, un vrai tifaifai, et Nott en coud la structure de l’ensemble.

C’est le 18 décembre 1835 à 01 h 35 que Nott finit la traduction de la Bible en tahitien, voilà une belle fête à célébrer à Arue ! Il emmène le manuscrit en Angleterre, le fait imprimer et se dépêche de revenir à Tahiti, c.-à-d. à Arue, le 2 septembre 1840. Mais c’est déjà dans un Tahiti très différent qu’il retourne, comme si Tahiti ne faisait que changer, changer de drapeau, de statut et le royaume devient protectorat.

La fin de Nott est triste, ce n’est pas facile de vieillir à Tahiti et il en entend des remarques ! La plus cruelle, plus personne ne comprend son tahitien des débuts de la Mission tellement la langue tahitienne aurait changé en quarante années ! Que dire aujourd’hui ?
Comment vivait Nott ? à la tahitienne : une maison très simple, un sol de terre battu, une table avec très peu de vaisselle. Il n’en reste rien. Ce n’était pas une maison à visiter, une maison-musée. Maison de Nott, maison de l’être et non pas maison de l’avoir ! Celle que l’on peut encore visiter n’est pas faite de pierres mais de mots, c’est la Bible tahitienne traduite avec Pomare, modèle des Bibles du Pacifique.

Il n’y a donc aucun point commun entre Nott et Pomare à l’origine, entre ce maçon anglais qui débarque à Tahiti et ce chef tahitien aux ancêtres pa’umotu. Mais il y a une rencontre, dont Tahiti a l’étrange secret, une rencontre de différences avec le respect de ces différences. Peut-être y a-t-il ici quelque chose de magique, au bord du lagon de Arue, au pied des collines et des montagnes de Arue qui transforme les maçons et les chefs, qui fait que les hommes deviennent ce qu’ils devaient être et révèle ce qu’ils sont ! »